Raphaël Enthoven à l’université du féminisme. Le logos sans le pathos ça ne passe pas


Exemples live, Susciter de l'émotion / jeudi, septembre 20th, 2018

 

Si vous suivez régulièrement ce blog vous savez désormais que tout bon discours doit reposer sur ces 3 piliers : ethos-pathos-logos

  • L’Ethos c’est la légitimité de l’orateur. Son autorité, son expérience ou son capital sympathie.
  • Le Pathos c’est l’appel aux émotions des auditeurs
  • Le Logos c’est la logique du raisonnement, les arguments persuasifs.

C’est bien en orateur que s’est présenté Raphaël Enthoven lors de l’université du féminisme. Il a utilisé tout l’art oratoire, notamment la mise en scène de lui-même et les modulations de la voix pour convaincre un auditoire à priori peu favorable.

Son discours était extrêmement construit et se voulait brillant. Il l’était. Vous en trouverez le texte dans son intégralité ici.

Mais le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas convaincu, il a même suscité de nombreuses critiques, tant dans la salle que dans les articles qui ont suivis.

Il lui avait été proposé un sujet  personnel ” Peux-t-on parler de féminisme quand on est un homme ?”, en effet Raphaël Endhoven est régulièrement interpellé sur les réseaux sociaux pour ses positions en faveur du féminisme certes, mais extrêmement critiques envers la plupart des tendances du féminisme actuel.

L’examen de ce discours montre qu’il a parfaitement développé l’Ethos.

Il ne manque pas de justifier sa présence, et plutôt deux  fois qu’une, qui apparait comme une victoire à l’issue d’éprouvantes polémiques. Victoire acquise  grâce au soutien sans faille, et qu’il salue évidemment de Mme Schiappa. Peut-être même que l’on pourrait parler de brosse à reluire.

Il verse aussi dans un peu de victimisation, insistant sur son origine juive, ce qu’on ne lui demande pas.

Pour ce qui est du logos rien à dire non plus.

Il déroule les arguments de façon construite et logique. Il n’en manque pas. Je reviendrai dans d’autres articles sur les figures de styles et stratagèmes utilisées.

Et le pathos ?

Nous n’en voyons pas la trace. Il déroule les arguments comme le ferait un robot aux algorithmes bien conçus. Il a un plan, n’oublie rien pour justifier qu’un homme peut bien entendu parler de féminisme, car une cause qui exclut les uns ne peut inclure les autres, car les victimes emportées par leurs souffrances sont dépassées par elles.

Mais à quel moment prend-il en compte le fait que la grande majorité des personnes qui l’écoutent sont des femmes, et ont donc une vision différente de la sienne ?  A quel moment prend il en compte le fait que la souffrance dont il parle  évoque quelque chose pour chacune d’elles, pas forcément tragique mais souvent pénible ou tout au moins injuste ?

Mais non, du logos, du logos, du logos et de l’ethos bien entendu.

Il aurait pu également se montrer troublé de tant de critiques. Il pourrait faire état de quelques doutes sur son positionnement d’homme féministe. Mais il se moque des termes« mansplaining » ou “male tears” alors même qu’il est en train d’en montrer.  Oui il chouine, comme il dit, et il aurait pu y mettre de l’humour.

Un discours qui passe mal et n’a certainement pas convaincu  la salle, pas parce que ses arguments n’étaient pas suffisamment ciselé, mais parce que jamais il ne s’est adressé au coeur, aux corps ou aux parties émotionnelles du cerveau.

 

 

 

 

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